LA CONGRÉGATION DES CHANOINES RÉGULIERS
DE LIMMACULÉE CONCEPTION
TELLE QUE LA VOULAIT DOM GRÉA
Conférence du 27 Janvier 1890. “Nous ne sommes pas une société de prêtres mais un ordre de clercs ; nous voulons restaurer la vie canonique sous sa forme antique ...”
Lettre à Dom Benoit 13 Juin 1907: “Vive Dieu. Il a voulu notre vocation. Il permet cette épreuve, non pour détruire, mais pou fortifier et épurer notre Institut. L'épreuve passera et la vie canonique restaurée demeurera.”
Au même 28 Juillet 1907: “Si son caractère d'oeuvre hiérarchique et d'oeuvre de prière et de pénitence était même obscurci en quelque chose et pour quelque temps, il reparaîtrait plus éclatant, appelé par les besoins véritables et profondes de l'humanité en ces temps.”
Quelques réflexions personnelles sur les nouvelles constitutions.
Gréa disait que “le siècle passé avait été le siècle des Papes : Le chef de l’Eglise universelle y a été particulièrement étudié et honoré par les écrivains. Les grandes épreuves des Pontifes Romains depuis PIE VI, le rôle joué par eux dans l'histoire de l'Eglise et du monde, le génie ou la sainteté d'hommes tels que PIE IX, LEON XIII, PIE X les ont mis en relief. Vous verrez que le siècle qui commence sera celui de l'épiscopat et des églises particulières ... C'est dans l'ordre.”
D. Gréa ne disait que son livre était pour quelque chose dans ce double mouvement d’opinions.
A l'heure actuelle on écrit beaucoup sur l'Eglise particulière. La dignité de l'épiscopat et ses origines, le clergé diocésain et sa spiritualité, son ministère et la vie religieuse, l'Eglise particulière et la perfection de son «presbyterium», l'ordre canonique et l'ordre monastique, les missionnaires diocésains et les congrégations religieuses, l'existence ordres mendiants et leur activité dans l'Eglise, tout cela fait l'objet d’intéressantes études dans les multiples revues qui couvrent nos tables. Mais pour ceux qui suivent avec intérêt ces questions, il semble qu'il y ait, au milieu de justes appréciations et de légitimes désirs, quelque chose d'indécis et de flou. D'où, dans le domaine des réalisations, de multiples essais à tendances diverses et à formes presque contradictoires. Peu à peu la lumière se fera. Elle ne vient pas tout d’un coup du Ciel: elle nous éblouirait sans profit. Les principes exposés par D. Gréa dans son livre sur “l'Eglise et sa divine constitution” sont clairs et révélateurs, mais les déductions que nous croyons en tirer sont pas toutes, à notre humble avis, parfaitement justes.
I
C'est ainsi que l'Eglise particulière n'est pas la même chose que diocèse. Ainsi I’Eglise de Valence est le peuple chrétien de Valence uni à son Evêque. L’Evêque est de droit divin chef de son Eglise ; le diocèse de Valence en tant que réunion d'églises particulières unies à l’Eglise mère de Valence est de droit ecclésiastique. L'Eglise particulière, complète et parfaite en sa constitution, est celle qui, à la tête de son clergé et de ses fidèles, a un Evêque, ayant la plénitude du sacerdoce et le pouvoir d’ordonner d'autres prêtres; les autres Eglises qui n'ont à leur tête qu'un curé n'ayant, qu’une participation et non la plénitude du sacerdoce et ne pouvant faire d’autres lui-même, sont incomplètes et imparfaites et doivent se rattacher à l’Evêché voisin pour former un diocèse.
Cependant dans les villes épiscopales, les paroisses sont des parties d'un même tout, des sections d'une même Eglise particulière, comme par exemple St Jean et Notre‑Dame le sont de l'Eglise de Valence. Dans l'antiquité ces Eglises presbytérales s’appelaient des titres, v; gr. à Venise, à Rome particulièrement où les titres sont devenus des titres cardinalices, sans préjudice des paroisses plus récentes qui se sont fondées dans les nouveaux quartiers. L'attache, des titres antiques et paroisses modernes à l'Eglise mère dont elles font partie se manifeste par la liberté de faire administrer le baptême soit dans leur propre baptistère soit à l’Eglise mère à St Jean ou à St Pierre de Rome ou, comme à Lima, par la faculté pour les mariages de recourir indifféremment au bureau paroissial ou à la curie épiscopale.
II
La plupart de ces Eglises, urbaines ou rurales, composées de familles chrétiennes, sont dirigées par un clergé dit séculier, comme Taulignan, Grignan, Montélimar; quelques‑unes peuvent avoir, toujours sous la dépendance de I’Evêque, un clergé religieux, comme Sault en Vaucluse, les Carmes en Avignon. Il peut y avoir même dans un diocèse de ces Eglises imparfaites dans leur constitution, comme les précédentes, pour n’avoir pas d’évêque à leur tête, mais un simple Abbé qui n'a d'épiscopal que les insignes et non le caractère, mais parfaites par la profession religieuse parce que tous ses membres, clergé et fidèles, Pères et Frères, sont des religieux, des réguliers, comme le monastère d'Aiguebelle. Dans les commencements ces monastères ou Eglises incomplètes dépendirent de l'Evêque voisin. Par la suite, pour éviter des conflits de juridiction, ils devinrent exempts et dépendirent de l'Evêque de Rome. Ces Abbayes de moines avaient créé des prieurés qui dépendaient d'elles par la fondation pour le personnel, les obédiences, la comptabilité et la direction des affaires, mais qui élevées plus tard à la qualité d'abbayes filiales, suivirent les vicissitudes de l'abbaye mère et après avoir pour la juridiction dépendu de l'Evêque d'origine, relevèrent du Saint Père,
Mêmes transformations chez les Chanoines réguliers. Leurs ancêtres, qui n'avaient pas ce nom, dépendaient directement an double point de vue religieux et clérical, personnel et pastoral, de l'Evêque dont ils formaient le seul clergé, par exemple à Hippone avec St Augustin, à Verceil avec St Eusèbe, etc... Qui ne voit que le clergé canonial, devenant peu à peu au cours des siècles, séculier, laissa à côté de lui la section plus nombreuse d'abord, plus réduite ensuite, de leurs frères et devanciers qui ajoutèrent au nom commun à tous de chanoines, celui de réguliers et soumis d'abord à I’Evêque dont ils formaient le conseil, s'en séparèrent comme les moines pour éviter des conflits? Par l'exemption ils se rattachèrent, comme eux à l'Evêque de Rome.
Ne serait‑ce pas chimérique de vouloir secouer ce stage prolongé dans un état plus commode et parfois nécessaire et remonter tout d'un coup et n'étant qu'un petit nombre, cette lente descente vers la sécularité? S'il a fallu des siècles pour descendre, que faudra‑t‑il pour remonter? Ce ne fut pas la chimère de M. Gréa qui, vicaire général de St Claude, s'était proposé de poursuivre, même sans résultat, le, rétablissement des Chanoines Réguliers. Tout au plus ne visait‑il qu'une élite.
III
Néanmoins ce, n'était pas une utopie, mais une crainte qui le poursuivait, quand il écrivait à D. Bénoît le 25 mars 1914 ces lignes : «Il y a dans l'Eglise catholique deux ministères: L' UN attribué à L'ÉGLISE UNIVERSELLE sans aucun lien aux hiérarchies particulières, L'AUTRE attaché à ces hiérarchies par lien du titre qui le donne aux Eglises. LE PREMIER, lorsqu'il est exercé par des religieux constitue par leurs ordres ou congrégations, les religieux du St Siège, les religieux proprement du Souverain Pontife, dépendant de la Papauté et naturellement exempts des juridictions épiscopales. L'AUTRE qui sert sous la houlette des évêques les troupeaux particuliers dont il est titulaire et qui aujourd’hui est généralement sécularisé, mais n'exclut pas, ainsi que le montre la tradition, la profession religieuse, constitue, lorsqu'il est exercé par les religieux (tels que sont par institution les chanoines réguliers) les religieux des Evêques, gardant sous leur autorité leurs règles et leurs constitutions. »
Les points essentiels de l'Institut Canonique Régulier, tel que le montre la tradition, Institut autrefois universellement répandu, sont les suivants :
1º) et principalement l'établissement de collégiales, abbayes ou maisons majeures, ayant dépendance hiérarchique et locales de l'évêque diocésain, dépendance identique à celles des collégiales sécularisées par le partage des biens de leurs églises en prébendes et bénéfices. Ces collégiales ou maisons majeures ont leur pleine existence autonome par leurs écoles ou alumnats, leurs clercs formés et élevés, dans leur sein, aux ordres succe8sifs et aux études saintes.
Entre ces maisons majeures, sans préjudice de leur autonomie et dépendance hiérarchique de leurs Evêques, est établi utilement le lien d'une confédération, destinée à maintenir l'observance sous l'autorité disciplinaire de leur chapitre général et d'un Président mis à leur tête.
Tel est le point principalement organique de L'Institut Canonique. Les autres points essentiels de cette vénérable institution sont :
2º) la vie liturgique dans son intégrité, dont il est dit : «Nihil operi Dei praeponatur», ainsi que le déclare Saint Thomas.
3º) la vie de pénitence, jeunes et abstinences traditionnels, dont la .formule a été précisée par Saint Benoît, et qui fut, dès l'origine, commune aux moines et aux clercs religieux. Sous ce dernier point, Benoît XII en imposant à tous, par une bulle célèbre, la confédération indiquée plus haut admet des diversités. Il prescrit à tous un minimum de pénitences régulières, et déclare que les collégiales qui ont une observance plus sévère sont tenus de la conserver sans diminution. C'était, dans ces maisons, cette discipline plus rigoureuse, dont les Dominicains, issus eux-mêmes de l'Ordre Canonique, se réclament, à ce titre d'origine, dans leurs constitutions : «ut in canonicae Religionis observantis inveniamur», selon le texte de ces constitutions.
IV
La crainte de D. Gréa était 'que ses religieux ne soient pas les religieux des Evêques.
Ils ne pouvaient pas être les religieux de l'Evêque comme aux premiers siècles de l'Eglise, puisqu'aux premiers siècles le clergé dépendait autant pour sa vie monastique et religieuse que pour sa vie cléricale et le ministère, autant par la profession des conseils évangéliques que par les ordinations de l’Evêque, qui était à la fois son supérieur religieux et son supérieur ecclésiastique. Il n'en est plus ainsi et il n'en sera plus ainsi de longtemps. De là des difficultés comme celles qui nous obligèrent à partir de St Claude.
Par le bref de louange obtenu par D. Gréa en 1876 l'institut était devenu automatiquement de droit pontifical; mais cela ne voulait pas dire que les chanoines réguliers de D. Gréa devenaient les religieux de l’Eglise universelle et perdaient leur attache aux Eglises particulières, mais au contraire que, sous la protection et la garantie du Souverain Pontife, ils pourraient servir les paroisses et les séminaires, et par la profession ils appartiendraient à une communauté centrale , «sui juris» sur laquelle l'Evêque du diocèse aurait néanmoins le droit d'ordination, sans que celle‑ci pût invoquer en aucune façon le privilège de l’exemption. Le rescrit conférant 20 ans plus tard a D. Gréa la dignité abbatiale qu'elle que soit la portée qu’on lui donne, corroborait la position de l'institut vis à vis, des Eglises particulières. Quand le 16 Oct. 1915 D. Gréa écrivait à D. Raux ces paroles : “L’ordre canonique sera dans sa vraie voie lorsqu'il sera diocésain et épiscopal” i1 manifestait un désir qui, à notre humble avis, est réalisé embryonnairement par nos actuelles constitutions et régi par le droit canonique.
Il ne faut pas chercher dans le “codex juris canonici” des lumières spéculatives sur les chanoines réguliers. On n'y fait pas de théories. Nous ne trouverons qu'un mot au § 1 du can. 491 pour indiquer la préséance des chanoines réguliers sur les moines, de 1’ordre canonique sur l'ordre monastique, parce que l'un est essentiellement clérical, l’autre laïque. Egalement sur le terrain pratique, pour le choix du personnel des paroisses religieuses nous trouvons signalés les droits de l'Evêque et du supérieur. Can. 454, 456, 471 ete..
V
Nous n'y trouverons pas non plus d'explication sur les religieux du St Siège et les religieux de l’Evêque, mais il faut savoir lire et interpréter d'après les sources du droit et l'histoire de l’Eglise. LES RELIGIEUX DU St SIEGE comme Jésuites, Maristes, Rédemptoristes sont constitués en provinces, indépendamment des Eglises particulières. Leur profession et leur ordination ne visent que leur institut et la province en général à laquelle ils appartiennent et dans laquelle ils exercent leur activité. LES RELIGIEUX DE L'ÉVËQUE, qui peuvent être de droit pontifical pour la sauvegarde de leur être et de leur rôle comme tels, se rattachent par leur profession et l'ordination, non pas à une région en général, mais à une maison, à une Eglise particulière, collégiale ou abbaye, d’où ils peuvent être détachés momentanément pour l'exercice de leur activité pastorale dans les paroisses. A lire les affirmations de D. Gréa et ses regrets, il semblerait que nous avons fait fausse route. Il y a eu sûrement des coups de timon maladroits et même hostiles; des routines protocolaires. Mais la Providence de Dieu veillait. Elle n'a pas permis que la pensée des hommes prévale contre la vieille tradition des chanoines réguliers. A nous de seconder les vues de Dieu et de ramer dans le sens de cette orientation.
Lacordaire avant de rétablir les dominicains en France s'inscrivit à Rome au grand ordre, fit le noviciat près du vieil olivier de St Dominique qui reverdit et par sa profession entra dans le vieux tronc la nouvelle branche française dominicaine. Pour la restauration des bénédictins D. Guéranger, D. Guépin, D. Romain firent de même. D. Gréa se contenta des directives de PIE IX et de la S. Congrégation. Il se croyait par ses études et ses méditations tellement chanoine régulier d'esprit et de coeur! Cependant aux lumières du ciel il eut fallu, semble-t‑il, ajouter un parchemin de là terre, une cédule de profession qui eût greffé son essai sur le vieil ordre et qui aurait fait éviter bien des méprises. De par le concile de Trente la création de nouveaux ordres est défendue, mais les rejetons des anciens sont admis. La tentative donc du P. Gréa, faute du préalable noviciat, ne fut pas considérée comme rejeton et malgré les encouragements de PIE IX, aboutit fatalement à la fondation d'une nouvelle congrégation, enchassée dans l'annuaire pontifical entre deux autres de même époque. Comme congrégation elle dut subir toute la législation commune aux autres communautés nées pour le service de l'Eglise universelle, particulièrement la centralisation du gouvernement. Les Oratoriens eux‑mêmes qui formaient une institution de caractère essentiellement local et diocésain, ont dû se plier au moins en Italie, me dit un des leurs, à ces exigences extrahiérarchiques malgré leurs 400 ans d'existence. Ce fut donc un échec pour D. Gréa? D. Gréa le crut, mais il ne s'en rendit compte que plus tard est ce fut là sa grande épreuve. Dans la naïve confiance des débuts il avait pu, n'ayant pas à faire avec un personnel sans élan et de coutumes invétérées, puiser sans intermédiaire à la source vive de l'idéal canonique, de St Victor surtout, comme PIE IX l'avait obligé de faire, mais quand vinrent les nouvelles constitutions, il fut déçu et regarda comme anéantie toute l'oeuvre des 40 années écoulées. D. Delaroche lui‑même eut en ces circonstances, me confia un Prélat Romain un rôle plus passif qu'actif, passif dans le double sens de recevoir des conclusions obligées et d'en souffrir.
VI
Nous, nous ne croyons pas à un échec, du moins à un échec si grave. Dieu a permis tout cela pour que nous, les fils, nous agissions et nous agissions en pleine conviction et que nous visions à assurer un grand bien encore indécis dans les termes et peut‑être même dans les idées.
Le “caput proemium” des nouvelles constitutions, à saveur antique, maintenu quoique combattu par les adversaires, sauve tout. Il oriente l’Institut vers le service divin et la sainte liturgie comme but primordial et vers la formation des petits clercs comme moyen indispensable de recrutement et enfin vers l'administration des paroisses comme rayons d'activité et de zèle. Sans doute il ne mentionne pas l'essence même de l’Institut, mais il la suppose: en effet, peut‑on concevoir l'office choral la formation des enfants et la charge d'âmes, les oeuvres d'un vrai diocèse en un mot, sans une sorte d'Eglise particulière, sans une maison collégiale, sans un centre de vie intellectuelle et liturgique dont l’existence et l'administration dépende entièrement et uniquement de nous, qui incarne d'une manière fixe, complète et parfaite notre idéal et qui pourvoie au personnel de nos maisons ? Sans elle et sans elle bien dotée, comment subsisteront les prieurés ? Sans la source, les ruisseaux peuvent‑ils porter longtemps la fécondité ? A nous de rendre vivante et prospère cette maison. Qui ne voit que, tout en étant de droit pontifical pour le régime intérieur, elle est locale et diocésaine vis à vis de l'Evêque de qui dépendent les ordinations et néanmoins reste autonome ? Et les séminaires et les paroisses que ‑nous dirigeons n’ont‑ils pas un caractère local et diocésain plus accentué encore, quoique les Pères pour les règles religieuses restent de droit pontifical ?
De tout cela il ressort que nous sommes bien les religieux des Evêques autant que nous pouvons l’être. Aussi n'est‑il pas fait mention dans nos constitutions de provinces qui feraient de nous des religieux extrahiérarchiques et du centre desquelles par une certaine force centrifuge (qu’on nous pardonne l'expression) nos Pères porteraient à droite et à gauche les bienfaits de l'apostolat. Notre force à nous consiste à concentrer notre activité dans nos séminaires et nos paroisses et celle de prieurés vers la collégiale ou maison‑mère. Les paroisses d'un diocèse convergent vers l’Evêché. Dans la filiation cistercienne les abbayes filiales ont les regards vers l'abbaye mère et les prieurés vers l'abbaye.
Chez les Prémontrés la cercarie n'est pas une province comme celles des dominicains quoique elle y ait donné lieu. Elle a son action non pas du centre vers les extrémités, mais de la périphérie des prieurés vers l'abbaye de soi indépendante et centrale, véritable Eglise particulière et des abbayes vers l'Abbé général. C'est ainsi qu'il en serait pour nous si nous prospérions: nous arriverions par le fait de nos fonctions pastorales à une confédération de collégiales réunies sous la présidence d'une abbaye mère, comme nous l'avait promis S. E. le Cardinal Vives si nous étions sages. Mais nous entrons dans l'hypothèse d'une grande extension et prospérité; c'est pour cela sans doute que le chapitre «De regimine Instituti» des constitutions de D. Gréa n'a pas été reproduit comme prématuré ; mai s il n'a pas été contredit. Il semble que la poussée montante de l'opinion vers la vie communautaire et parfaite du clergé des Eglises particulières en prépare la réalisation. Hâtons-là par nos voeux et par nos prières; et déjà convient-il que notre maison mère, appelée jadis maison majeure puis abbaye, ne soit pas considérée comme un simple séminaire et une maison de passage et de formation mais comme une Eglise particulière à laquelle nous sommes liés par la profession et comme incardinés par l'ordination, et à laquelle nous revenons avec joie et dans laquelle nous désirons mourir dam la paix du Seigneur et de nos frères.
Quant aux observances pénitentielles le plus ou le moins n'importe pas. Ce qui importe c'est que les jeunes et les abstinences qui nous sont laissés aient un caractère de mission publique et officielle de la part de nos peuples vis à vis de Dieu. Nous expions pour les péchés de tous.
Pour l’Office divin il ne tient qu'à nous d'en faire toujours davantage. Le Nº 2 de nos constitutions nous y invite. Il est sûr que la simple récitation eu commun ne paraît être que le soulagement d'une obligation personnelle. Le chant,et la psalmodie viennent nous rappeler qu'il est plus que cela: il a un caractère de mission publique et officielle de la part des fidèles vis à vis de Dieu. Nous prions, au nom de tout le peuple chrétien et autant que faire se peut avec lui, en lui faisant comprendre et suivre avec nous les Offices de l'Eglise..
VII
S'il fallait embrasser d'un seul regard toutes 1es activités dont nous venons de parler, nous les grouperions en un tableau synoptique et nous y opposerions les notes caractéristiques différentes des clerc, et des clercs religieux hiérarchiques et extra- hiérarchiques:
I) EXTRA-HIÉRARCHIQUES: pour L'ÉGLISE UNIVERSELLE
a) Se rattachent à Rome, au Souverain Pontife, chef de 1’Eglise Universelle. Ce sont les religieux ou les clercs du Pape.
b) Peuvent être employés partout dans la chrétienté, surtout dans leurs provinces respectives.
c) N'ont pas de liens hiérarchiques avec les Eglises particulières et les diocèses.
d) Ils les aident accidentellement et pour tel ou tel ministère de charité spirituelle ou corporelle.
e) Leurs maisons sont unies par une forte centralisation, de provinces ou sans provinces, avec la maison généralice de Rome.
A MENTIONNER :
A) les ORDRES MENDIANTS : les Dominicains, Franciscains, Augustins, Servites.
B) les CLERCS RÉGULIERS: les Théatins, Jésuites, Barnabites, etc.
C) les CONGRÉGATIONS modernes avec ou sans voeux : les Lazaristes, Maristes, Rédemptoristes etc...
II) HIÉRARCHIQUES: pour les ÉGLISES PARTICULIÈRES.
a) Sont rattachés par l'ordination ou la profession à une Eglise particulière (Evêché, abbaye, collégiale) ou par le privilège de l'exemption à 1’Eglise Romaine comme telle. Ce sont les clercs ou les religieux des Evêques.
b) Ils concentrent leur activité dans ces Eglises (paroisses, abbayes ou collégiales) et ne la portent ailleurs qu'accidentellement.
c) Cette activité embrasse tout le ministère pastoral de la prédication, et de l'administration des sacrements et des oeuvres subsidiaires.
d) De même que les Evêchés, de soi indépendants et “sui juris” connaissent la hiérarchie des archevêchés et la juridiction du Souverain Pontife, ainsi les abbayes ou les collégiales indépendantes et “sui juris” sont unies par la confédération.
A MENTIONNER
A) Pour paroisses séculières de fidèles, le CLERGÉ SÉCULIER et quelques instituts : oratoriens, sulpiciens, fils de la charité etc.. ,
B) Pour paroisses séculières de fidèles et collégiales de pasteurs religieux, L'ORDO CANONICUS, soit les chanoines réguliers de Latran, de St Maurice, de Prémontré etc...
C) Pour Eglises particulières de religieux seulement (fidèles et pasteurs) L'ORDO MONASTICUS (essentiellement laïque par ses frères avec prêtres pour le service religieux . bénédictins noirs, olivétains, cisterciens, chartreux etc..
L'anneau des Abbés (en B et en C) est signe de l'alliance célébrée avec leur Eglise particulière. A plus forte raison l'anneau des Evêques qui ont la plénitude du sacerdoce. (en A).
Dans l'annuaire ecclésiastique de la Bonne Presse, les Chanoines réguliers de l'Immaculée Conception sont classés dans l’ «ordo canonicus» parmi les ordres hiérarchiques, mais une note fait observer que l'annuaire pontifical les classe parmi les congrégations modernes extra‑hiérarchiques. Nous en avons indiqué les raisons. En fait ce qui doit prévaloir c’est leur vie religieuse unie aux fonctions pastorales qui les met à la suite des Chanoines de Latran et de Prémontré: ce sont des pasteurs religieux qui vivant en équipes visent chez leurs fidèles la plénitude de la vie chrétienne par le moyen de la prédication et des sacrements depuis le baptême jusqu'à l'extrême‑onction.
Aussi pour leur vie spirituelle se rapprochent‑ils davantage de l' «ordo monasticus » que les ordres extra‑hiérarchiques et de leurs méthodes et pour le service des paroisses ont‑ils un ministère plus ressemblant à celui du clergé séculier qu'à celui de ces mêmes ordres ou congrégations.
Cependant il convient de citer ici la judicieuse réflexion du R. P. Fr. Petit (Spiritalité des Prémontrés P. 267) : “On conçoit que des âmes de prêtres trouvent dans une vie religieuse très proche le l'ancien monachisme l’impulsion qui les porte à un ministère moins étendu peut‑être, et moins rapide que celui des prêtres séculiers, mais plus dans l'étude, plus baigné de prière, plus appuyé sur la pénitence, plus proche des vues de Dieu par l'habitude de la contemplation. C'est là ce qui garde à l'ordre canonial son actualité.”
Et cette actualité est plus grande pour l'ordre canonial à voeux simples. Réjouissons‑nous donc, nous Chanoines Réguliers de l'Immaculée Conception de n'avoir pas les voeux solennels qui nous détacheraient de la juridiction des Ordinaires par le privilège de l'exemption. Nous sommes ainsi davantage les religieux des Evêques.
C'est la pensée de D. Gréa: elle éclate dans ses livres, ses conférence, ses lettres et sa vie toute entière..
Laus Deo Nostro Fr. Cyprien, St Joseph de l'Ecluse, 27 Octobre 1947.
(Padre Cipriano Casimir, Superior Geral)